La French Tech, des French Tech

Une ambition commune, des nuances dans les approches : le Grand Concentré de l’économie numérique a permis, le 21 septembre dernier, d’y voir plus clair dans les écosystèmes French Tech. Morceaux choisis.

Loin derrière Paris, qui pèse 50% de l’économie numérique en France, une vraie émulation existe entre les territoires French Tech. C’est ce que montre la « Battle du numérique », projet issu des ateliers du Hyblab datajournalisme de OuestMedialab et présenté en introduction par Armelle Gegaden, responsable des contenus numériques du Journal des Entreprises.

LA REALITE FRENCH TECH

« La French Tech, ce n’est pas le numérique, a d’emblée rappelé Stanislas Hintzy, directeur de la French Tech Rennes St-Malo. La French Tech, c’est le soutien aux startups. »

Selon Jérôme Fauquembergue, directeur opérationnel d’EuraTechnologies, opérateur de Lille is French Tech, son principal atout est d’avoir permis de réunir l’ensemble des forces des différents écosystèmes et de porter haut et fort l’étendard France.

La French Tech, selon Michel Perrinet, délégué territorial d’Angers French Tech, permet de pousser les startups locales dans une dimension internationale. Un exemple parlant : le coup médiatique réalisé à l’occasion du dernier CES (Consumer Electronic Show) de Las Vegas, et dont le président sera à la Cité de l’Objet Connecté d’Angers en octobre.

LES APPROCHES TERRITORIALES

A Lille, la feuille de route est centrée sur l’emploi. Sinistrée par l’effondrement de l’industrie textile et la sidérurgie dans les années 1970, la métropole a rassemblé sur 100 ha l’essentiel de ses forces, au service des startups. Au cœur de ce quartier : le bâtiment totem EuraTechnologies, lancé il y a 6 ans et ancienne usine textile qui donnait à l’époque le plein emploi. Comme un symbole.

Lyon French Tech est une association créée le 20 mars 2015. Elle agit comme un aiguilleur, en orientant les entrepreneurs et les startups vers les structures qui peuvent les aider, et un aiguillon, en impulsant les dynamiques French Tech bénéfiques pour l’écosystème.

Le modèle nantais est hybride. « On a co-construit une feuille de route avec les laboratoires, l’Université, les grands groupes… et réfléchi à ce qu’on voulait faire de notre territoire à un horizon 10 ans », explique Adrien Poggetti, délégué général de Nantes Tech.

A Rennes St-Malo, Stanislas Hintzy s’appuie également sur un bâtiment totem, la Cantine rennaise, et ses relais : la Cambuzz à St-Malo et deux accélérateurs à Malestroit et La Gacilly. Une équipe « commando » de 7-8 personnes est à l’œuvre pour coordonner l’ensemble.

LES MODELES ECONOMIQUES

A Rennes, 2/3 de financements publics locaux et 1/3 (objectif 50 %) de ressources propres.

A Paris, Arnaud Chaigneau, CMO de Numa, le place dans le contexte French Tech. « Silicon Sentier (ancien nom de Numa), 14 ans d’existence, a été l’un des premiers mouvements à créer une dynamique numérique en France. » Aujourd’hui, Numa a pris son indépendance par rapport aux pouvoirs publics, ouvrant son capital (2,5 %) à la communauté. Objectif : l’ouverture à l’international et une présence dans 13 pays actuellement. Un modèle exportable ?

« Je ne crois pas que les structures French Tech aient vocation à devenir privées », estime Adrien Poggetti. Ces modèles hybrides sont finalement assez éloignés des partenariats public-privé, Numa étant un très bon exemple de cette mutation en cours.

En écho, EuraTechnologies, société publique locale, n’a pas vocation à être 100 % privée. « Mais on va diminuer les apports publics », promet Jérôme Fauquembergue, qui réfléchit à créer un fonds. « Ces machines parapubliques vont évoluer comme des startups et essayer d’avancer vers quelque chose qui ressemble plus à la réalité du marché, d’être aux côtés des entreprises, au même rythme que les entreprises et selon le vouloir des entreprises. »

LA FRENCH TECH, DECENTRALISATION OU JACOBINISME ?

Il y a un écosystème à Paris très porteur et qui pourrait être vraiment compétitif, au niveau international, que si les autres territoires nationaux portent le même message. « Paris a besoin de cela », concède Arnaud Chaigneau. Pas au point de souhaiter que les régions « sourcent » les 1 000 startups du futur plus grand incubateur du monde, la Halle Freyssinet, à Paris.

« C’est l’entreprise qui choisit d’aller là où elle veut », abonde Jérôme Fauquembergue. Un atout de l’attractivité partagé par tous les territoires.

LA PENSEE VERTICALE

Lyon rassemble un biopôle de 5 000 entreprises à Gerland. L’acronyme BIG (Biotech, Informatique, Green tech) est ainsi extrêmement porteur. « Il faut arrêter de faire plaisir à tout le monde, confirme Jérôme Fauquembergue. Mettez le paquet sur une verticale. » « L’idée de verticalisation des territoires est implacable », confirme Arnaud Chaigneau, si l’on veut entrer dans le radar de Paris.

Pourtant, à Nantes, de grandes entreprises comme STX et Airbus, un Quartier de la Création avec des industries culturelles en devenir et un gros projet de CHU sont autant d’objets pour le numérique. « La verticale rend les choses plus lisibles de l’extérieur, mais il ne faut jamais oublier que ce ne sont pas nous qui créons les startups, tempère Stanislas Hintzy. Les spécialités émergent pour des raisons historiques, humaines… Nous pouvons aider à cristalliser, mais les verticales dans trois ans ne sont sans doute pas celles d’aujourd’hui. »

 

Pour aller plus loin...

L’intégralité de la table ronde, les startups "chouchous" de nos intervenants (à partir de 1:28:15) et le débrief de Christophe Clergeau, 1er vice-président de région Pays de la Loire et Francky Trichet, adjoint au maire de Nantes chargé de l’innovation et du numérique (à partir de 1:35:00), c'est ici en vidéo. Quant aux photos, c'est en haut de l'article ou par là !

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